Les étangs dits de la Chaffolière, de Langes et de Peilachet

Les deux premiers sont mentionnés dans la déclaration en date du 24 novembre 1474 passée par noble Aynard de Montferrand, seigneur d’Attignat¹. C’est dans la partie de sa déclaration relative au territoire de Pugeat (et ses environs proches) et seulement en tant qu’ils confinent aux biens des tenanciers de Pugeat (et des environs proches) qu’il en est parlé. Voici deux extraits parmi d’autres :

« sur un pré situé au lieu-dit aux Écorcheloup qui fut des biens d’Étienne de Pugeat et de feu Guillot Prévôt hommes taillables du susdit noble confessant et qu’il tient en emphitéose pure, perpetuelle et de pure emphitéose et domaine direct du même noble confessant contenant la place d’un moel de foin de sept toises et demi ou environ, à côté du pré de Pierre Girod mouvant de la directe dudit noble confessant à l’est, le pré de Jean Berthiod à l’ouest, les terres des frères Étienne et Guillaume de Pugeat et de Jean de Pugeat au sud et le bief de l’étang de la Chaffolière au nord. »²

« sur deux coupées de terre situées vers l’étang de Langes au lieu appelé de la dite Chaffolière à côté de la terre des susdits Jean et Pierre à l’est, le bief du dit étang à l’ouest, la terre de Guillaume de Pugeat au sud et la terre dudit Étienne de Pugeat au nord. »³

L’étang dit de Peilachet () est mentionné quant à lui dans la déclaration passée l’an 1476 par noble Jean de La Baume, seigneur de Montrevel :

« sur deux coupées de terre situées sur l’étang de Peilachet à côté de la terre des héritiers de Johan- net Clerc à l’est, la terre des héritiers de Pierre Clerc au sud et à l’ouest et à côté du pré de Guil- laume de Pugeat au nord. »⁴

Le 4 avril 1539, au prix de 200 écus d’or, Claude de Curtil, seigneur de Langes, pour s’aquitter de ses dettes pressantes (pro debitis suis urgentis persolvendis), vend à un certain Jean Colin, bourgeois de Bourg:

« son étang situé dans la paroisse de Cras appelé L’Étang de Peilachet contenant en apoissonnage six mille de poissons carpes au grand compte à côté de la terre d’Étienne Morel à l’est, le bois de Benoît et Jean Rigollet au sud, la terre du dit Benoît Rigollet au nord et à côté de la charrière publique tendant de Bourg à Foissiat existante sur la chaussée du dit étang à l’ouest, ensemble avec assecs, évolage, eaux, décours d’eaux, chaussée, thou⁵, ébies⁶, canaux, dodasnes⁷ et autres appartenances et dépendances regardant et concernant le dit étang. »⁸

Il est encore question de cet étang dans le testament fait le 9 janvier 1564 par noble Jacques de Forcrand, seigneur de Langes⁹. Celui-ci assigne à ses filles héritières no- tamment la somme de 800 livres tournois :

« sus le grand estang appellé l’Estang de Peylachayt assis a Langes parroisse de Cra et sus ung pré appellé le Grand Pré de Langes assis en lad. parroisse jouxte leurs confins et generalement sur tous ses aultres biens. »


La localisation de ces trois étangs n’est pas douteuse.
L’étang dit de la Chaffolière fut converti en terre au début du siècle précédent. Ses contours se laissent toutefois toujours aisément deviner à l’heure actuelle. L’ancien étang est porté à l’ancien cadastre de 1809 sous le n° 567, d’une superficie totale de 4 hectares, 31 ares et 88 centiares.
D’après nous, l’étang dit de Langes ne peut correspondre tout ou partie qu’aux par- celles n° 571, 572 et 573 de l’ancien cadastre. La première, en nature de pré et dé- nommée « à l’Étang de Lange », compte une superficie de 58 ares et 50 centiares. La seconde, pâture et dénommée « au Petit Etang de id. » (= de Lange) compte une su- perficie de 35 ares et 32 centiares. La troisième, en nature de bois et dénommée comme la seconde, compte une superficie de 16 ares et 66 centiares. Où l’on voit que cet ancien étang n’était déjà plus en eau en 1809¹⁰.

L’étang dit de Peilachet tire son nom de l’ancien village (= hameau) de Cras appelé Peilachet, village dont nous avons pu établir qu’il correspondait autrefois à tout ou partie du hameau connu aujourd’hui sous le nom des Perrets.
Figurant sur la section A de l’ancien cadastre, un ensemble de parcelles, attenantes les unes aux autres, doit correspondre, tout ou partie, à l’ancien étang dont nous par- lons. Ils s’agit :

1) des parcelles n°147-148 et 151-152 en nature de pré et appelées à l’Étang;
2) de la parcelle n°183, elle aussi en nature de pré, appelée Pré de l’Étang;
3) des parcelles 184 et 185 en nature de bois et appelées Chaussée de l’Étang, situées de part et d’autre du bief de Salençon.

L’ensemble forme une surface totale de 6 hectares, 27 ares et 44 centiares.

Localisation de l’ancien étang dit de Peilachet
(cadastre de 1809, section A)

1 Archives de la Côte d’Or, B. 590.
2 « super quodam prato sito loco dicto es Escorcheloup quod fuit de bonis Stephaneti de Pugiaz et Guioti Prepositi quondam (quond.) hominum tailliabilium prelibati nobilis confitentis et quod tenet in emphiteosim puram, perpetuam de puraque emphiteosi et dominio directo ipsius nobilis confitentis continente plateam unius muelli feni septem theysiarum cum dimidia vel circa juxta pratum Petri Girodi movens de directa dicti nobilis confitentis ex oriente, pratum Johannis Berthiodi ex occidente, terras Stephaneti et Guilliermi de Pugia fratrum et Johannis de Pugia ex vento et becium stagni de la Chaffoliri ex borea. »
3 « super duabus cuppatis terre sitis versus stagnum de Langiis loco appellato dicte la Chaffolir juxta terram predictorum Johannis et Petri ex oriente, becium dicti stagni ex occidente, terram Guillermi de Pugia ex vento et terram dicti Stephaneti de Pugia ex (ex) borea. »
4 « super duabus cupatis terre sitis sus l’estant de Peylachet juxta terram heredum Johanneti Clerici ex oriente, terram heredum Petri Clerici ex vento et occidente et juxta pratum Guillermi de Pugiaz ex borea.»
5 Ou vanne (ou bonde) : « Cette Chaussée a vne bonde, quelques-fois deux ou trois, selon la grandeur ou capacité de l’Estang, & la cheute de ses eaux, que le vulgaire appelle le Thou, elles seruent pour le vuider quand on en veut faire la Pesche, ou quand on le tient vuide & deseché, que nous disons en Assec, afin de le labourer & remplir de bleds. » (Charles Revel, L’usage des pays de Bresse, Mâcon, 1665, p. 271).
6 Ouvertures par lesquelles s’écoule le trop-plein d’un étang ou déchargeoirs : « il y a des endroits pour décharger l’Estang de ses eaux superfluës en Hyuer, & quand elles sur-abondent, on les appelle Plessieres, Routes, d’Araises, Déchargeoirs & Esbies. » (op. cit., p. 271). Philibert Collet est un peu plus précis quant à lui : « Les ébies ou dèchargeoirs d’un étang sont des ouvertures qu’on fait aux épaulemens pour vuider l’eau quand elle vient en trop grande quantité, on en fait autant qu’il est necessaire, & aux lieux qu’on juge necessaire, on les fait tout juste sur le niveau de l’étang, parce que la hauteur des eaux n’execede jamais ce niveau. » (Explication des statuts, Lyon, 1698, p. 90).
7 = dos d’âne.
8 «suum stangnum situm in parrochia de Cra appellatum Stangnum de Peylachat continens in appeyssonagio sex mile carparum piscium ad magnum computum juxta terram Stephani Morelli ex oriente, nemus Benedicti et Johannis Rigolleti ex vento, terram dicti Benedicti Rigoleti ex borea et juxta carreriam publicam tendentem de Burgo apud Foyssiacum existentem supra chaussiatam dicti stangni ex occidente, unacum acciccis, evolagio, aquis, aquarum decursibus, calciata, stupho, esbiis, canalibus, dorsis asinorum et aliis pertinentiis et appendentiis ad dictum stangnum spectantibus et pertinentibus » (Archives départementales du Rhône, Fonds d’Auvray, 28 J 24).
9 Archives départementales de l’Ain, 35 J 45.
10 Que cet étang corresponde à l’ancien évoqué par nos sources est


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